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Épigénétique et traumatismes : ces mémoires invisibles qui se transmettent
Nous portons tous une histoire qui ne commence pas avec nous.
Dans mon travail – mais aussi dans ma vie – je suis régulièrement amenée à constater que certaines peurs, certains schémas ou certaines blessures se transmettent sans mots, génèrent des symptômes, du stress, un mal-être parfois irrationnel, comme si « quelque chose » se souvenait à notre place.
Parmi les hypothèses, l’épigénétique apporte aujourd’hui un éclairage précieux sur des transmissions invisibles, inscrites dans le corps, en montrant qu'il garde la mémoire des expériences passées, qu'il sait.
A travers cet article, j’ai souhaité partager une compréhension - que j’espère accessible – de ces mécanismes, afin d’ouvrir un espace de réflexion, de sens et, pour ceux qui souhaitent avancer sur ce chemin, de transformation.
Belle lecture ! 😊
Anne-Véronique
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26.01.2026
🌿Et si notre histoire commençait avant notre naissance ?
Chacune de nos cellules contient l’ensemble de notre patrimoine génétique : 46 chromosomes hérités de nos parents sur lesquels on compte environ 25 000 gènes (source inserm).
Nous avons longtemps pensé que notre destin biologique était inscrit une fois pour toutes dans nos gènes.
Pourtant, les avancées scientifiques des dernières décennies racontent une histoire bien plus nuancée.
L’épigénétique révèle que nos expériences de vie — notamment les traumatismes — peuvent laisser des traces durables, parfois transmissibles aux générations suivantes. Ces traces ne sont pas des souvenirs conscients, mais des mémoires invisibles, inscrites dans le corps, qui influent sur nos relations, nos comportements, notre bien-être, générant à notre insu des peurs, du stress, des phobies.
L’épigénétique, simplement
L’épigénétique étudie la manière dont l’environnement influence l’expression de nos gènes, sans modifier l’ADN lui-même.
Ce qu’il faut comprendre est que la cellule reçoit en permanence toutes sortes de signaux qui l’informent sur l’environnement dans lequel elle se trouve. Grâce à eux, elle peut se spécialiser au cours de son développement, ou s’adapter à la situation. Très schématiquement, des enzymes spécialisées se chargent de marquer certaines zones de l’ADN selon le contexte extérieur.
Vous l'avez compris, ces signaux (alimentation, tabagisme, stress, situation de guerre …) peuvent conduire à des modifications dans l’expression de nos gènes, sans que cela affecte leur séquence.
Ce phénomène peut être transitoire, mais il arrive que des modifications épigénétiques soient plus pérennes et persistent après que le signal qui les as déclenchées ait disparu.
Le stress chronique, les carences affectives, les violences, les chocs émotionnels peuvent ainsi « activer » ou « inhiber » certains gènes, notamment ceux impliqués dans la gestion du stress, des émotions et de l’immunité.
Le traumatisme comme mémoire corporelle
Un traumatisme survient lorsqu’un événement dépasse nos capacités d’adaptation. Le corps reste alors en état d’alerte prolongée.
Biologiquement, cela peut entraîner, par exemple :
- Une dérégulation de la réponse au stress,
- Une hypersensibilité émotionnelle,
- Une difficulté à se sentir en sécurité,
qui se traduisent par des comportements excessifs, des réactions irrationnelles, des peurs, des phobies, des manifestations physiques.
qui se traduisent par des comportements excessifs, des réactions irrationnelles, des peurs, des phobies, des manifestations physiques.
Ces réactions ne relèvent pas d’un choix conscient : elles s’ancrent dans une mémoire corporelle profonde, au sein de nos cellules.
Comment les traumatismes se transmettent ils ?
La transmission ne se fait pas par des souvenirs précis, mais par plusieurs canaux qui semblent complémentaires.
1. Une mémoire biologique
Certaines modifications épigénétiques liées au stress peuvent être transmises à la descendance, créant une vulnérabilité accrue face à l’anxiété ou à la peur.
2. Une mémoire relationnelle
Les traumatismes non résolus influencent la manière d’aimer, de protéger, de communiquer, certains comportements, une manière de voir ou d’appréhender les choses … Les enfants perçoivent ces messages implicites très tôt et s’imprègnent de certaines ambiances qu’ils vont continuer de véhiculer inconsciemment.
3. Une mémoire familiale et collective
Les silences, les secrets, les traumatismes, les croyances, les récits répétitifs construisent une mémoire familiale qui façonne l’identité des générations suivantes.
Rien n’est figé
Heureusement, l’épigénétique porte aussi un message profondément porteur d’espoir : tout ce qui a été modifié peut évoluer.
Un environnement sécurisant, un métier ou des relations réparatrices, un travail thérapeutique ou simplement la mise en mots de l’histoire familiale peuvent contribuer à transformer ces mémoires héritées.
Le corps est un allié précieux car il "sait" et nous traduit, à travers ses manifestations propres, le langage de nos cellules.
En conclusion
Comprendre l’épigénétique et la transmission des traumatismes, ce n’est pas chercher des coupables dans le passé, il n’y a aucun coupable, notre histoire est celle qu’elle est et ne changera pas.
Mais cela permet de reconnaître que nous portons des mémoires plus larges que celles que nous connaissons, et que nous avons la capacité de les transformer en changeant notre regard.
Prendre conscience de l’existence de ces mémoires, c’est ouvrir une autre porte de compréhension à ce qui est, et c’est déjà commencer à les apaiser.
